Broadcom (AVGO) : le gagnant caché des datacenters IA que tout le monde ignore derrière NVIDIA

Broadcom domine le réseau Ethernet et les puces custom des plus grands clusters IA. Voici pourquoi AVGO mérite une place dans un portefeuille IA long terme.

Quand les investisseurs parlent d'infrastructure IA, un seul nom monopolise la conversation : NVIDIA. Le ticker NVDA concentre les regards, les analyses, les débats de valorisation. Pourtant, derrière chaque cluster de GPU, un autre acteur fournit le réseau, les puces custom et l'optique qui font tourner la machine. Broadcom (AVGO) capture une part croissante de la valeur des datacenters IA, et le marché commence à peine à s'en rendre compte.

  • 📈 Tomahawk 6 à 102 Tbps : le switch qui connecte 512 GPU en un seul hop réseau.
  • 🏗️ XPU custom pour 4+ clients : Google, Meta, ByteDance et OpenAI ont signé.
  • Ethernet remplace InfiniBand : Broadcom impose son standard ouvert dans les clusters IA.
  • 🎯 Picks and shovels sous-coté : ratio risque/récompense supérieur aux pure-plays GPU.

Broadcom, l'architecte invisible des clusters IA

Quand NVIDIA construit un empire d'infrastructure, Broadcom en construit les fondations. La différence est subtile mais financièrement significative : NVIDIA vend des GPU standardisés au plus grand nombre, Broadcom conçoit des puces sur mesure et des switches réseau pour une poignée de clients qui dépensent des dizaines de milliards.

Pourquoi le marché regarde NVIDIA et oublie Broadcom ?

Le biais est structurel. NVIDIA publie des chiffres de revenus IA spectaculaires, les médias financiers amplifient, et le retail suit. Broadcom opère en coulisses : ses clients hyperscalers (Google, Meta, ByteDance) ne communiquent pas sur leurs commandes de XPU custom, et le réseau Ethernet n'a pas le glamour d'un GPU de dernière génération.

Pourtant, lors d'une présentation à l'Open Compute Project en 2025, un cadre Broadcom a révélé qu'une seule entreprise avait annoncé 26 gigawatts de datacenters en quatre semaines. Cela représente environ 15 millions de XPU (GPU, TPU ou accélérateurs custom). Chaque XPU a besoin d'un switch, d'une carte réseau et d'optique. C'est là que Broadcom encaisse.

La thèse "picks and shovels" (les pioches et les pelles de la ruée vers l'or) reste sous-couverte par la presse mainstream. Je pense que c'est précisément là que le ratio risque/récompense est le plus favorable pour un investisseur retail patient.

Tomahawk 6 : 102,4 Tbps qui redéfinissent le réseau IA

Le switch Tomahawk 6 est le produit phare de la gamme réseau Broadcom. Avec 102,4 térabits par seconde de capacité de switching Ethernet, il double la bande passante de son prédécesseur, le Tomahawk 5 (lancé avant l'explosion de ChatGPT fin 2022).

Comment connecter 100 000 GPU en deux tiers seulement ?

Pete Del Vecchio, responsable produit datacenter switching chez Broadcom, l'explique dans une interview récente : avec un seul Tomahawk 6, on connecte 512 XPU en un seul hop dans un réseau scale-up. Pour les clusters scale-out de 100 000 XPU (la cible des hyperscalers pour la prochaine génération), Tomahawk 6 permet une architecture à deux tiers réseau là où la concurrence exige trois tiers.

La différence paraît anecdotique sur le papier. En pratique, un réseau trois tiers nécessite plus de trois fois plus de switches et presque deux tiers d'optique supplémentaire par rapport à deux tiers. Or, selon Broadcom, 70 % de la consommation électrique du réseau provient des modules optiques. Passer de trois à deux tiers, c'est réduire le coût total d'exploitation d'un cluster dans des proportions considérables.

L'optique co-packagée (CPO) est l'autre levier de différenciation. Broadcom vient de dévoiler Davisson, la troisième génération de sa plateforme CPO intégrée au Tomahawk 6, fabriquée avec le process CoUPE de TSMC. Meta a publié des données de fiabilité portant sur plus d'un million d'heures de tests en conditions réelles, démontrant une stabilité de lien supérieure aux modules pluggables classiques.

Quand un lien optique « flap » (se déconnecte brièvement) pendant un entraînement IA, le modèle doit revenir à un checkpoint et recommencer des heures de calcul. La fiabilité du lien n'est pas un détail technique : c'est un facteur économique de premier ordre.

Métrique Tomahawk 5 Tomahawk 6 Tendance
Bande passante 51,2 Tbps 102,4 Tbps ↑ x2
XPU connectés (1 hop) ~256 512 ↑ x2
Tiers réseau (100K GPU) 3 2 ↑ −33 % switches
Optique co-packagée Gen 2 (Bailey) Gen 3 (Davisson) ↑ sampling clients
NIC associée 400 Gbit/s 800 Gbit/s (Thor Ultra) ↑ 1er 800G du marché

SOURCE : présentations Broadcom OCP + NextGenInfra · MAJ 06/2026

Quel impact concret sur le coût d'un cluster IA ?

Meta a documenté un chiffre qui donne le vertige : sur certains workloads de machine learning, le réseau consommait 57 % du temps total d'entraînement. Autrement dit, une infrastructure à plusieurs millions de dollars passait plus de la moitié de son temps à attendre que les données transitent entre les GPU. Chaque point de pourcentage récupéré sur l'efficacité réseau libère des centaines de millions en capacité de calcul.

C'est la raison pour laquelle les hyperscalers se battent pour déployer Tomahawk 6 le plus vite possible. La demande, selon Pete Del Vecchio, est « insatiable ».

XPU custom : le modèle B2B qui imprime du cash

Broadcom ne vend pas de GPU sur étagère. L'entreprise conçoit des accélérateurs IA sur mesure (XPU) pour les hyperscalers qui veulent maîtriser leur stack hardware sans dépendre d'un seul fournisseur. Le CEO Hock Tan a confirmé lors des résultats du Q3 fiscal 2025 (août 2024) quatre clients XPU majeurs, dont trois identifiés publiquement : Google, Meta et ByteDance. Le quatrième client, longtemps anonyme, a engagé une commande initiale évaluée à plus de 10 milliards de dollars de racks IA.

Quels hyperscalers ont déjà signé avec Broadcom ?

En octobre 2025, OpenAI a officialisé un partenariat pluriannuel avec Broadcom pour co-développer des accélérateurs custom et des solutions Ethernet. Selon Data Center Dynamics, le déploiement vise 10 gigawatts de capacité entre le second semestre 2026 et fin 2029. Les racks seront entièrement dimensionnés avec l'Ethernet et la connectivité optique de Broadcom.

D'après les analystes de Barclays cités par Next Platform, chaque gigawatt de capacité datacenter IA génère environ 35 milliards de dollars de revenus puces. Avec 10 GW pour OpenAI seul, et d'autres contrats similaires chez Google, Meta et ByteDance, le pipeline total se chiffre en centaines de milliards sur la décennie. Broadcom a d'ailleurs élargi son rôle : l'entreprise ne se contente plus de fournir des puces, elle assemble désormais des racks complets, devenant de facto un ODM (Original Design Manufacturer) d'envergure.

Ce positionnement B2B crée un fossé concurrentiel difficile à franchir. Chaque client engage Broadcom sur un cycle de conception de 3 à 5 ans. Les coûts de changement sont colossaux. C'est l'opposé d'un GPU vendu en commodité : ici, client et fournisseur sont verrouillés dans une relation durable, à haute valeur ajoutée.

Ethernet contre InfiniBand : le basculement qui profite à Broadcom

Pendant des années, NVIDIA a poussé InfiniBand comme la technologie réseau de référence pour les clusters IA (grâce à l'acquisition de Mellanox en 2020 pour 6,9 milliards de dollars). Broadcom a fait le pari inverse dès 2022 : Ethernet est la seule technologie réseau qui couvre le scale-up, le scale-out et le scale-across entre datacenters.

Pourquoi OpenAI a choisi Ethernet plutôt qu'InfiniBand ?

La décision d'OpenAI de s'appuyer sur l'Ethernet de Broadcom (et non sur l'InfiniBand de NVIDIA) constitue un signal de marché fort. Selon Le Monde Informatique, cette orientation illustre la tendance du secteur vers des normes réseau ouvertes, privilégiées pour leur flexibilité et leur coût. Un ingénieur Ethernet, on en trouve partout. Un spécialiste InfiniBand, c'est une compétence rare et chère.

L'Ultra Ethernet Consortium (UEC), cofondé par Broadcom, a modernisé le protocole RDMA pour éliminer les limitations qui freinaient Ethernet dans les grands clusters : support du multipath, retransmission sélective (fin du « go-back-N » qui retransmettait tous les paquets après une perte), et contrôle de congestion avancé. Avec le lancement de Thor Ultra, la première carte réseau (NIC) 800 Gbit/s dédiée aux datacenters IA, Broadcom boucle une offre réseau complète, du switch à la carte, en passant par l'optique.

« La stratégie picks and shovels est sous-couverte par la presse mainstream et offre souvent un meilleur ratio risque/récompense que les pure-plays GPU. Broadcom en est l'illustration la plus nette. »

Vincent Roye, juin 2026

Ce basculement vers Ethernet n'est pas anecdotique. Quand on bâtit des clusters de 100 000 à 1 million de GPU, le coût du réseau devient un poste budgétaire comparable aux accélérateurs eux-mêmes. Selon IDC, les investissements mondiaux en infrastructure datacenter IA dépasseront les 200 milliards de dollars en 2026. Broadcom capte une part croissante de ce flux, tant sur le switching que sur les puces custom.

Pour les investisseurs qui suivent déjà NVIDIA en portefeuille, la question n'est pas de remplacer NVDA par AVGO. C'est de comprendre que le réseau et les XPU custom constituent un marché adressable distinct, avec sa propre dynamique de marge et de croissance. L'un ne cannibalise pas l'autre, ils se complètent dans la stack.

Verdict : faut-il acheter AVGO aujourd'hui ?

Broadcom coche les cases que je recherche dans un investissement IA long terme. Marges brutes supérieures à 70 %, clients verrouillés sur des cycles pluriannuels, position dominante sur un standard ouvert (Ethernet), pipeline de revenus IA sécurisé contractuellement jusqu'à 2029 minimum.

Quel horizon pour un investisseur retail ?

Le titre se paie cher, avec un PER au-dessus de 30. Contrairement à certains pure-plays IA, les revenus sont adossés à des engagements hyperscaler fermes. Le risque principal reste la concentration client : quatre à cinq noms représentent l'essentiel du segment IA. Si Google ou Meta décident un jour d'internaliser la conception de leurs puces réseau, le fossé de Broadcom se referme.

Mon verdict : conserver si vous êtes déjà positionné, accumuler sur repli pour les autres. Horizon 3 à 5 ans minimum. AVGO n'est pas un trade de momentum sur six mois. C'est une position structurelle sur l'infrastructure IA.

Pour le retail français, AVGO est accessible via CTO (pas éligible PEA). Les ETF IA de qualité incluent souvent Broadcom dans leur composition, ce qui offre une exposition indirecte pour ceux qui préfèrent diversifier. Vérifiez la pondération avant d'acheter : beaucoup d'ETFs thématiques n'allouent que 2 à 3 % à AVGO, ce qui dilue complètement l'exposition.

L'IA comme thème d'investissement n'est pas une bulle qui va éclater, c'est une vague de productivité qui se déploie sur dix ans. Broadcom, en fournissant les briques que chaque datacenter IA doit acheter (switches, puces custom, optique, NIC), fait partie des noms qui traverseront cette décennie. Pour ceux qui veulent comprendre comment ces outils IA transforment la productivité au quotidien, ai-first.fr couvre le sujet sous un angle pratique. Côté portefeuille, AVGO offre l'un des profils risque/récompense les plus lisibles du secteur infrastructure.

Foire aux questions

Broadcom est-il éligible au PEA ?

Non. L'action AVGO est cotée au Nasdaq et n'est pas éligible au PEA français. Vous pouvez l'acheter via un compte-titres ordinaire (CTO). Certains ETF UCITS incluant Broadcom sont en revanche éligibles PEA, mais la pondération d'AVGO y reste généralement faible, entre 2 et 5 %.

Broadcom fabrique-t-il ses propres GPU ?

Broadcom ne vend pas de GPU en propre. L'entreprise conçoit des accélérateurs IA sur mesure (XPU) pour ses clients hyperscalers : Google, Meta, ByteDance, OpenAI. Chaque puce est spécifiquement adaptée aux workloads du client, ce qui crée un verrouillage commercial fort sur 3 à 5 ans.

Quel est le risque principal sur AVGO ?

La concentration client. Quatre à cinq hyperscalers génèrent l'essentiel des revenus IA de Broadcom. Si l'un d'eux internalise la conception de ses puces réseau ou change de fournisseur, l'impact serait significatif. Le cycle de conception pluriannuel offre toutefois une visibilité rassurante à moyen terme, car les coûts de changement sont très élevés.

Pourquoi Ethernet gagne face à InfiniBand pour l'IA ?

Ethernet est un standard ouvert, économique et soutenu par un écosystème massif d'ingénieurs. Les améliorations apportées par l'Ultra Ethernet Consortium (multipath, retransmission sélective, congestion control avancé) ont comblé l'écart technique avec InfiniBand. Le choix d'OpenAI en faveur d'Ethernet pour ses 10 GW de déploiement a accéléré la bascule de tout le secteur.

Faut-il choisir entre AVGO et NVDA ?

Non. Les deux adressent des segments complémentaires de l'infrastructure IA. NVIDIA domine les accélérateurs GPU standardisés, Broadcom le réseau Ethernet et les XPU custom. Détenir les deux dans un portefeuille IA permet de couvrir la couche compute et la couche réseau. La meilleure due diligence, c'est de lire les transcripts d'earnings calls des deux entreprises et de comparer ce qu'elles achètent (capex), pas ce qu'elles annoncent en keynote.

Sources

FIN DE L'ARTICLE